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viernes, 12 de noviembre de 2010

LOURDES ESPÍNOLA - LES MOTS DU CORPS / LAS PALABRAS DEL CUERPO - POÈMES / POEMAS - Présentés et traduits de l´espagnol (Paraguay) Par CLAUDE COUFFON / © INDIGO, 2001.



LES MOTS DU CORPS /
LAS PALABRAS DEL CUERPO
POÈMES / POEMAS

Présentés et traduits de l´espagnol (Paraguay)
Par CLAUDE COUFFON

Catalogage Electre-bibliographie
Les mots du corps = Las palabras del cuerpo /
trad. de l’espagnol (Paraguay) Claude Couffon. - Paris :
Indigo et Côté-femmes, 2001. - (Indigo)
ISBN 2-914378-20-3
DEWEY:    861: Poésie de langue espagnole (recueils)
© INDIGO & Côté-femmes éditions
4, rue de la Petite-Pierre 75011 Paris
Dépôt légal, 4e trimestre 2001
ISBN 2-914378-20-3


QUAND LE CORPS CHUCHOTE...
Dès son premier livre traduit en français, Encre de femme (1997), Lourdes Espínola offrait au lecteur une clef majeure de sa poésie. Transgressant les tabous et les interdits que la société patriarcale et la famille imposent trop souvent encore á la femme latino- américaine, elle entendait parler en toute liberté de son corps et de ses plaisirs. Non pour mener un combat égalitariste ou revendicatif: “Je n'adhère pas comme écrivain à certains groupes féministes qui ont un petit air pleurnichard”, m'écrivaitelle alors. Mais, précisait-elle, “pour assumer l'écriture comme un acte de combat, une bataille en tant que création, production, opposées au rôle pseudo-biologique (en réalité culturel) de la femme-mère-reproductrice”.
Aujourd'hui, Lourdes Espínola poursuit son opération de vérité, mais en adoptant le ton confidentiel de la confession pour exprimer la réalité de son corps de femme, ses sensations, ses attentes, ses élans et ses abandons, et aussi ses mystères. Car, en s'enfonçant dans les arcanes du labyrinthe charnel, le poète découvre, grâce à l’intuition secrète des mots, certaines fulgurations de l’acte sexuel, dans sa préparation et sa réalisation. Hymne à l’amour physique, ce recueil n'est pas qu'un chant érotique ; il est aussi constats, interrogations sur l’origine et la transcendance du plaisir, les motivations heureuses ou fallacieuses du désir. Le corps devient en quelque sorte la page blanche sur laquelle le poète transcrit à la fois l'expérience vécue et la réflexion qu'elle inspire. Le miroir, ici, est souvent présent ; il reflète, bien sûr, l’image extérieure des corps en présence, mais aussi et surtout l’image extérieure, celle que présentent le coeur et l'intelligence.
Dans Les mots du corps, chaque poème, d'une grande force suggestive, est comme un secret chuchoté à l’oreille du lecteur. Nous tendons la nôtre avec ravissement.
CLAUDE COUFFON

LES MOTS DU CORPS / LAS PALABRAS DEL CUERPO


Mi cuerpo es el misterio universal,
la geografía casi inexplorada.
Existe un mapa de antiguas cicatrices :
en un seno que va directo al corazón,
un camino que zigzaguea hasta mi sexo.
Obviemos los valles y las colinas,
están los territorios : secos y húmedos
senderos a otra parte.
Una nuca larga,
erecto pedestal a mi cabeza
húmeda, siempre húmeda
cargada de memorias, olores y sonidos.
Una acuosa lengua
que explora y se deshoja,
se esconde y se desata
y que habla violenta en el silencio.
El dignísimo paisaje de mis piernas
infinitos caminos,
tan sutiles,
constelaciones misteriosas
detenidas,
preámbulo al fondo del destino.

Mon corps est le mystère universel,
la géographie presque inexplorée.
Il existe une carte des vieilles cicatrices
sur un sein menant droit au coeur,
un chemin qui zigzague jusqu'à mon sexe.
Laissons là vallées et collines,
les territoires sont secs et humides,
des sentiers pour ailleurs.
Une longue nuque
en socle érigé pour ma tête
humide, toujours humide
remplie de souvenirs et d'odeurs et de sons.
Une langue mouillée
qui explore et s'effeuille,
se cache et se déchaîne
et parle haut et fort dans le silence.
Le paysage très digne de mes jambes :
chemins illimités,
subtiles, très subtiles
et mystérieuses constellations
en arrêt
préambule au fond du destin.


Débiles hombres.
Débiles de memorias y pasiones
y Dios que sabe más
- y para que recuerdes –
este corto inventario
de mis preguntas sobre todo lo existente
mis poemas prendidos de tu mano
mi piel prendida de tus ojos,
mis piernas trepadas a tus muslos.
Un abrazo anidando mis senos
y mis manos perdidas en tu nuca.
Mi lengua sin barreras,
y la tuya, pequeño sable-beso,
mi corazón,
un cascarón
donde se esconde el tuyo.

Des hommes faibles.
Faibles pour la mémoire et les passions
et Dieu qui en sait plus long qu'eux...
- Et pour que toi tu te souviennes
ce bref inventaire :
mes questions sur tout ce qui existe,
mes poèmes ancrés à tes mains,
ma peau à tes yeux,
mes jambes grimpant à tes cuisses.
Une étreinte nid pour mes seins.
Et mes mains perdues dans ta nuque.
Ma langue sans entraves
- et la tienne dague-baiser.
Mon coeur, une coquille
dans laquelle se cache le tien.

Cuando mi pecho estaba acorazado,
cuando la muralla más alta
de mi corazón estaba alerta
llegaste para desnudar cada cicatriz
de tu silencio.
Vi que el espejo de tu pupila
susurraba verdades
que me dejaron desgajada y desnuda :
con la piel en madeja.
Temblé con tu nombre :
la verdad temible,
para quien solo existía de visita.

Quand ma poitrine portait cuirasse,
quand la muraille la plus haute
de mon coeur était vigilante
tu es venu pour dénuder chaque cicatrice
de ton silence.
J’ai vu que le miroir de ta pupille
murmurait des vérités
qui m'ont laissée nue, écalée :
la peau en écheveau.
Ton nom me fit trembler : la redoutable
vérité, pour qui n'était
qu'une visite.


NOMBRE
Al pronunciar tu nombre,
la redonda luna se me quedó en la lengua.
Las vocales de tu nombre
saltaron al lago de mi garganta.
Las consonantes fantasmales, bailarinas
luminosas y claras,
desde mi vientre te nombraron.
Lucharon las primitivas fuerzas.
Con mi voz fui caminando
el peregrino sendero hasta tu boca.

NOM
En prononçant ton nom
la lune ronde est restée sur ma langue.
Les voyelles de ton nom
ont sauté dans le lac de ma gorge.
Les consonnes fantômes et dansantes,
claires, lumineuses,
t'ont nommé depuis mon ventre.
Les forces primitives ont lutté.
Avec ma voix j'ai emprunté
le chemin hasardeux
de ta bouche.

Nos desnudó
la despiadada luna
o tu lengua, lavándome
entera y brillante.
Espejo interminable tu cuerpo,
que sabía que la maldad
estaba ocupada en otro sitio.
Y me tomaste entera,
en el descuido exacto de la vida.

Nous ont mis nus
la lune impitoyable
ou ta langue me lavant
entière et brillante.
Miroir sans fin
ton corps, qui savait
que la méchanceté
s'affairait ailleurs.
Et tu m'as prise toute
dans l'inadvertance précise de la vie.


CUERPO
Te ofrendo
esta coordenada - cordillera,
esta seda larga desatada,
el hueco, el valle, el alargado abrazo.
Cabalga amor con incendiadas manos
- argonauta de la rota brújula -
para que sur y norte se desaten,
para que azules signos
te devoren,
para que cubra mi voz
a tu silencio.

CORPS
Je t'offre
cette coordonnée-cordillere,
cette longue soie étalée
le creux, la vallée, l'étreinte prolongée.
Chevauche amour avec l'incendie de tes mains
- argonaute à la boussole détraquée -
pour que sud et nord se déchaînent,
pour que des signes bleus
te dévorent,
pour que tu écoutes ma voix
dans ton silence.

Tengo guardado, entero,
el deseo infinito de tu cuerpo
ligado entre mis piernas,
los secretos pasajes interiores.
Tengo memorias, de círculos
sintiendo dentro mío
la explosión luminosa de tu savia :
tu volcán convergido entre mis labios.

Je garde entier
le désir sans fin de ton corps
lié entre mes jarabes,
les passages intérieurs secrets.
Je conserve le souvenir de cercles lumineux
en sentant en moi
l'explosion lumineuse de ta sève,
ton volean convergeant entre mes lèvres.



EL REVÉS DE LA TRAMA
Seré la bestia
y tú serás el bello,
inútil, dormido, copa en mano.
Frágil : tul, flores, estarás
temblando de terror.
Seré la horrible embellecida bestia de cada cuento
y tú serás doncel, delgado, pálido
asustado desde el renacimiento hasta estos días.
Seré la bestia
para que veas desnuda la ridícula mentira,
o torcida historia del espejo.

L’ENVERS DE LA TRAME
Je serai la bête
et tu seras la belle créature,
inutile, endormie, un verre à la main.
Fragile : tulle, fleurs, tu trembleras
de terreur.
Je serai cette horrible bête embellie des contes
et toi le frèle et pâle damoiseau
effrayé depuis l'époque de la renaissance.
Je serai la bête
pour que tu voies à nu le mensonge grotesque
ou l'hypocrite histoire du miroir.


A MI CUERPO
Soy habitante que convive en tus rincones,
te toco : extranjero y mío,
caja de resonancia del placer.
Me deslizo cada madrugada
como funda de seda.
Y el abrazo de venas,
devuelve la tibieza tantas veces conocida.
A veces reposo al lado tuyo
porque subyugas con tal fuerza mis deseos
que finjo que no estás, y no te miro.
Antigua casa
nunca del todo conocida,
apenas me acostumbro a tus paredes
cambias de nuevo texturas y colores.
A través de los años
- a veces jaula de piel, pelo y sonidos –
te miro entero
mientras me voy, de lejos
separando.

A MON CORPS
Je vis et cohabite en tes recoins,
je te touche, étranger et mien,
caisse de résonance du plaisir,
Je t'enfile chaque matin
comme un fourreau de soie.
Et l'étreinte des veines
me rend cette tiédeur si souvent ressentie.
Parfois, je me tiens là à ton côté
car tu subjugues à tel point mes désirs
que je feins de te croire absent et hors des yeux.
Vieil habitat
jamais connu en son entier,
je m’habitue mal à tes murs,
tu changes à nouveau de couleurs et de texture.
A travers les ans
- parfois cage de peau, de cheveux et de sons –
je te regarde en ton ensemble
tandis que, de loin,
je me sépare.


MITO DE CREACIÓN
Abrí mis piernas
para dar luz al sol,
el calor derritiéndose en mi costado
y su luz
iluminando mis rodillas.
Y las articulaciones al girar
hicieron música
que se aquietaba en las horas.
Abrí los brazos
y de los senos brotó la luna
entonces tu lengua
me levantó hacia la humanidad entera.

MYTHE DE CRÉATION
J’ai ouvert mes jambes
pour donner naissance au soleil,
avec la chaleur fondant sur mon flanc
et sa lumière illuminant
mes genoux.
Mes articulations en tournoyant
ont élevé une musique
qui s'apaisait au fil des heures.
J’ai ouvert mes bras
et la lune a jailli de mes seins,
alors ta langue
m'a soulevée vers l'humanité tout entière.

Soy hija de desmesurada vida,
me lamió la muerte
y la desangré con mi palabra.
Me tragué enteros :
todos los amantes y los libros,
las caricias de mis árboles
y el collar alargado de la música.
Pobre muerte vestida para la puntual cita,
mi deseo pudo más
hasta torcerle el cuello
y dejarla tan callada.

Je suis une fille à la vie démesurée,
la mort m'a léchée
et je l'ai saignée avec mes mots.
J'ai avalé entiers
tous les amants et tous les livres,
les caresses de mes arbres
et le collier si long de la musique.
Pauvre mort habillée pour le jour précis,
mon désir s'est montré le plus fort
au point de lui tordre le cou
et de la laisser bouche close.


ESTABA, ENTERAMENTE DESNUDA,
como un durazno de sol y ocre :
espejo de tantos matices.
Y tus manos
- que no fueron las tuyas –
o si fueron...
tocaron cada cicatriz,
cada dedo tembló
y mi alma también parpadeó.
Y esa cicatriz, que yo creía dura,
la que lavé con mis lágrimas
la misteriosa,
la que dijiste
tenía vida...
Vida que fue :
de tu mano a mi vientre
y de mi vientre a ti.
Tal vez mañana entiendas,
tal vez lo entiendas ya.

J'ÉTAIS TOUTE NUE
comete une nectarine ocre et soleil :
miroir de tant de nuances.
Et tes mains
- qui n'étaient pas les tiennes
ou qui l'étaient -
ont touché chaque cicatrice,
chaque doigt a tremblé
et mon coeur aussi a papilloté.
Et cette cicatrice que je croyais dure
et que j'avais lavée avec mes larmes,
la mystérieuse,
celle qui vivait,
disais-tu...
Une vie qui allait
de ta main à mon ventre
et de mon ventre à toi.
Demain peut-être tu le comprendras
si tu ne le comprenda déjà.


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et préfacés par Claude Couffon.
Paris : Indigo & Côté-femmes, 1997
En bandeau : Lourdes Espínola.
Photo d'Adelaide De Chatellus.
© INDIGO & Côté-femmes éditions
4, rue de la Petite-Pierre
75011 Paris
Dépôt légal, 2e trimestre 1997.
ISBN 2-911571-16-9

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